La NON-MAISON Paris

« Le passé et le futur convergent explosivement vers notre présent » Walter Benjamin

LA NON-MAISON est un micro centre d’art créé en 2007 à Aix-en-Provence par Michèle Cohen. Dès son ouverture, c’est un lieu de discussions entre artistes écrivains, penseurs et philosophes. LA NON-MAISON porte déjà dans son nom la volonté de commencer un dialogue chaleureux dans un espace dédié à la création. Depuis 2011, le centre d’art accueille des artistes en résidence sur des périodes longues. Pendant trois mois, les artistes se voient accorder une allocation et un temps de recherche, sans aucune obligation de production, de monstration prédéfinie, le temps est libre et libre à chacun de l’utiliser comme il le souhaite.

 

Septembre 2017 marque les dix ans de LA NON-MAISON. Dix ans de vie d’un centre d’art donnent-ils assez de recul pour porter un regard sur l’histoire d’un lieu ? Suite aux recherches initiées par Sacha Guedj-Cohen autour des différentes constructions de l’histoire de l’art naît la volonté de réfléchir à la façon dont s’écrit cette histoire au présent. C’est en continuant l’écriture d’une histoire en train de se faire que la notion d’archives du présent arrive au coeur des nouvelles problématiques de LA NON-MAISON, et avec ce tournant, la volonté d’élargir le cercle d’initiés qui gravitent autour de ce coin intime de la création.

 

C’est alors la rencontre entre deux historiennes de l’art, Sacha Guedj-Cohen et Valérie Bazin, qui a mis au jour l’annexe de LA NON-MAISON Paris. La jonction de deux recherches donne naissance à un projet qui vient s’insérer dans la continuité de la ligne artistique de LA NON-MAISON : la création d’une antenne parisienne de ce centre d’art, où les artistes seront invités à créer dans des lieux hors du champ de l’art.

 

Quatre temps forts rythmeront la saison 2017-2018 sur un même format : une oeuvre, un lieu, un texte. Il n’est pas question de figer un moment mais bien de créer une continuité, d’opérer un déplacement en prenant une seule œuvre et non pas une exposition. À l’instar de cet arrêt sur image, c’est une façon nouvelle de penser les différentes temporalités de la création. Un cinquième volet se déroulera à l’étranger, sur le même format, avec un artiste local. Une exposition collective clôturera l’année avec les cinq artistes qui auront participé à cette histoire. Une conversation à plusieurs voix laissera alors la trace de ces premières histoires partagées, en dehors du terrain de jeu parisien.

 

LA NON-MAISON Paris est un lieu de discussion, permettant d’inviter plusieurs personnes autour d’une même table, une communauté rhizomique qui laisse le temps à chaque racine de s’inscrire dans un lieu, un temps donné.

Sacha Guedj-Cohen

Directrice de LA NON-MAISON Paris

 

Elle s’intéresse à la question de l’archive du présent à travers plusieurs sujets de recherche. En prenant différentes études de cas, il est possible de mettre en lien plusieurs histoires dans des géographies différentes mais des temporalités qui s’entrecroisent.

 

Une première recherche sur l’appartement 22, centre d’art indépendant au Maroc fondé en 2002 par Abdellah Karroum à Rabat a soulevé des problématiques liées à l’écriture collective d’une histoire qui se déroule dans le présent.

 

A la suite de cette recherche, Sacha Guedj-Cohen s’est concentrée sur la mémoire de la première exposition collective d’art d’avant-garde chinois en Occident, « Chine Demain Pour Hier », organisée par Michèle Cohen et Fei Dawei.

En allant retrouver les archives oubliées de La Non Maison puis en enregistrant la parole des différents témoins de cette exposition que l’histoire n’avait pas totalement enregistrée, il a été possible de soulever des questionnements liés à la mémoire d’un événement, à son récit et finalement aux différentes constructions d’une histoire de l’art. Les journées discursives « Au-delà de l’histoire racontée » qui se sont déroulées les 9 & 10 juillet 2016 ont participé à l’ouverture du débat.

 

Le lien de filiation entre Michèle Cohen, mère de Sacha Guedj-Cohen, a permis d’approfondir la question de la transmission et la nécessité de l’échange et du partage dans l’art ; des questions que LA NON-MAISON Paris continuera à développer au fil des différents projets.

Valérie Bazin

Coordinatrice des projets LA NON-MAISON Paris

 

Les questions relatives au contexte de création et de présentation de l’œuvre dans les arts ont toujours été récurrentes dans les recherches de Valérie Bazin. C’est en arrivant à Paris en 2014 qu’elle se consacre plus particulièrement aux arts visuels. Ces deux années à l’Université Paris-Sorbonne IV lui ont permis d’affiner ces problématiques.

 

Comment percevons-nous les oeuvres d’art ? Comment interagissent-elles avec nous ? Dans quel contexte nous laissons-nous envahir par l’œuvre ? Elle choisit de s’intéresser aux environnements encombrés dans l’art contemporain in situ en retraçant une certaine histoire de l’art. S’appuyant sur des points de bascule de l’histoire des espaces d’exposition des XXe et XXIe siècle, les premières expositions internationales du surréalisme organisées par Marcel Duchamp, l’emblématique Merzbau de Kurt Schwitters, le Vide d’Yves Klein et le Plein d’Arman, elle s’intéresse aux moments particuliers où l’oeuvre est devenu contenu et où réciproquement le contenu est devenu oeuvre, « un espace extensif où les murs deviennent fond, où le sol devient socle, où les angles deviennent vortex et où le plafond devient ciel » (Brian O’Doherty).

 

Ce déplacement assimilé, de nombreux artistes contemporains se sont intéressés aux rôles et à la place du spectateur à l’intérieur de ces contenus. Des réalisations in situ comme les labyrinthes du GRAV, des Nouveaux Réalistes, de Lygia Clark, les installations environnantes de Joseph Beuys, d’Allan Kaprow, de Cildo Meireles, de Thomas Hirschhorn ont permis à l’oeuvre de devenir un espace d’expérience dans lequel le spectateur évolue consciemment, inconsciemment ou arbitrairement.

 

Sa rencontre avec Sacha Guedj-Cohen, lui permet d’ajouter une autre variante à ces problématiques, celle du dialogue entre l’oeuvre, son récit et le lieu de monstration. De leurs recherches respectives naît un projet : celui d’histoire(s) à raconter.